Histoire des Aborigènes d'Australie

Les plus récents travaux permettent d'estimer l'arrivée des premiers hommes (partis d'Afrique il y a 100.000 ans) sur le continent australien entre 65 et 80.000 ans (15.000 pour l'Amérique). A l'époque les mers étaient plus basses qu'aujourd'hui et le continent était bien plus étendu, attaché à la Papouasie Nouvelle Guinée et plus proche de la péninsule indonésienne, elle aussi plus étendue.
De nombreuses questions demeurent : comment cette première traversée d'océan de l'histoire de l'humanité fut-elle possible à une époque ou néanderthal peuplait encore l'Europe ? de plus les dernières recherches génétiques menées sur les Aborigènes actuels suggèrent qu'ils sont tous originaires d'un millier d'individus environ, tous arrivés en une vague unique. Comment une un tel nombre de personnes a t-il pu arriver simultanément ?

Quoi qu'il en soit les premiers hommes ont découvert un continent immense, vierge, peuplé d'une faune ayant évolué à part depuis 65 millions d'années, avec encore des animaux géants, avec lesquels ils eurent à cohabiter (genyornis, diprotodon, lion marsupial, ...). Certaines peintures rupestres récement découvertes, parmi les plus anciennes au monde, représentent certaines de ces espèces disparues il y à entre 50 et 40.000 ans. Le peuplement complet de l'Autralie se serait fait depuis le nord jusqu'à la Tasmanie, à l'époque rattachée au continent, en un peu plus de 30.000 ans, aucours desquels les Aborigènes eurent à s'adapter à de nombreux changements climatiques et à des environnements différents.
Le squelette le plus ancien découvert à ce jour date de 42.000 ans, c'est le plus ancien Homo sapiens découvert hors d'Afrique, recouvert d'ochres et placé dans une certaine position il est d'ailleurs aussi la plus ancienne évidence de croyance spirituelle au monde (Mungo man).

La grande particularité de leur évolution est que ce sont les seuls dans l'histoire de l'humanité à ne jamais avoir eu vraiment recours à l'agriculture telle qu'on la connait, apparue il y a 9000 ans en Nouvelle Guinée. Ils sont restés chasseurs cueilleurs et ont su gérer leurs ressources d'une manière exceptionnelle au travers les âges, notament grâce au feu dans les zones semi désertiques qui maintenait cycliquement des parcelles ouvertes avec de jeunes pousses, favorables aux kangourous, émeus et plantes comestibles du bush.

La notion de propriété qui découle inévitablement de l'utilisation de la terre pour l'agriculture n'existant pas a permi leur épanouissement à l'écart de ce concept. Celui qui ramène du gibier de la chasse pour le groupe distribue les morceaux et garde le moins bon pour lui. Lorsqu'un objet est trouvé ou échangé entre groupes, il "tourne" entre les personnes, la notion de possession individuelle n'existe pas, elle n'a de sens que de manière collective. De même l'abondance et leur maitrise des ressources au fil des saisons leur permet de passer moins de temps à la recherche de la nouriture et favorise la richesse culturelle en leur permettant de se consacrer à leurs cultes, cérémonies, danses... Cela explique sans doute que ce soit l'endroit au monde où l'on trouve la plus grande richesse d'art pariétal, bien plus ancien qu'en Europe, avec des représentations exceptionnelles comme les premiers visages jamais représentés, des personnages escaladant des parois de profil ou des scènes avec des détails graphiques soulignant le mouvement ou les émotions, des cartes de points d'eau... et ce datant de dizaines de milliers d'années avant nos premiers dessins d'animaux dans le reste du monde.

Lorsque les Anglais débarquent en 1788, le continent est peuplé de 200 nations Aborigènes, riches d'autant de cultures, vivant en parfaite harmonie entre elles et avec leur environnement depuis la nuit des temps.

Cette expression regroupe toutes les croyances et histoires des différents peuples Aborigènes d'Australie. Dans chaque région un épisode de cette épopée de la création du monde par les grands ancêtres est plus central que dans une autre mais de manière extraordinaire on retrouve toujours des points communs sur tout le continent. Ce terme regroupe aussi nombre de petites histoires dont la "morale" illustre la loi, les règles à suivre, transmises de génération en génération par des chants, danses, cérémonies et dessins pour pouvoir vivre en harmonie avec la nature et ses semblables.
L'équilibre est assuré par les liens entre la terre, la loi, les cérémonies, la langue et la famille/le groupe ethnique. Chaque personne a aussi un "totem", en fonction de sa personnalité ou de son clan il est spirituellement plus proche d'un des grands ancêtres, duquel il se rapproche lors de cérémonies. De même il existe les "Dreaming tracks" où itinéraires précis sillonnant le pays que doivent emprunter les Aborigènes pour se déplacer sans riques au fil des saisons pour être sûrs de trouver eau, nouriture ou site sacré à honorer selon la période de l'année.
Pour les Aborigènes le temps ne s'écoule pas de façon linéaire comme pour nous, les grands ancêtres une fois leur oeuvre achevée sur terre sont simplement entrés en sommeil dans des lieux sacrés et sont appelés à revenir, certains esprits sont encore discrètement actifs et les anciens ou initiés, devenus rares aujourd'hui, peuvent communiquer avec eux.

Illustration d'une des versions les plus connues

Il y a 10.000 ans un déluge provoqua la montée des eaux, hommes et bêtes se réfugièrent sur les hauteurs mais rapidement les ressources venant à manquer les hommes commencèrent à se battre et à se manger entre eux. Devant la gravité de la situation les anciens entrèrent en contact avec le monde des esprits pour demander de l'aide. L'être suprème "Baiame" leur répondit, leur donnant rendez-vous en un lieu où il apparut sous forme humaine. Il leur offrit de nouvelles ressources pour subvenir à leurs besoins, leur expliqua la loi et les cérémonies qu'ils auraient maintenant à suivre pour maintenit l'équilibre et leur raconta l'histoire de la création du monde :

En des temps immémoriaux Baiame travaillant sans relache à l'équilibre de l'univers parmi les étoiles est sans cesse troublé dans son repos par un rêve incessant qui le tourmente nuit après nuit. Les autres grands esprits lui suggèrent alors de donner vie à son rêve afin de trouver la paix. Avec Punjel le grand architecte, Nungeena déesse de la nature et Yhi maître de la lumière ils donnent alors vie à Tya la Terre. Au commencement simple masse de roches, trouvant cela trop simple ils commencent par la recouvrir d'eau par des pluies diluviennes. Ils créent alors la 1ère forme de vie : la méduse. Celle-ci se reproduit rapidement mais cette forme de vie trop simple est décevante, vient alors la tortue. Il est évident que des zones terrestres doivent alors emmerger pour permettre à la tortue de se reproduire. Baiame appelle alors Ularu le serpent arc en ciel qui plonge et se met à creuser le fond des océans de trous et de ravins, au fur et à mesure il jette les gravats dans le ciel, le niveau de l'eau baisse, les premières terres sortent, les ravins forment gorges et rivières. Par contre le ciel est rempli de terre et de roches, Yhi lui demande d'arrêter car la lumière ne parvient plus sur terre, il ramasse tous les gravats, en fait une boule : bahloo, la lune vient de naître.

Baiame va alors créer les plantes, celles-ci vont vite recouvrir les terres, un autre esprit voulant contrecarrer ses plans crée lui les insectes qui mangent alors les plantes. Baime crée donc les oiseaux pour manger les insectes. Suivront d'autres animaux qui se répendront sur terre. Trouvant malgré tout le comportement des animaux trop simple il décide de les prévenir de sa décision d'introduire une nouvelle espèce douée de plus d'esprit : l'homme, qu'il introduit sous forme de 300 couples. (voir le livre de Cyril Havecker)

On retrouve dans ces histoires venues de la nuit des temps une genèse avec un peuplement par les espèces marines avant les espèces terrestres, puis l'homme, c'est finalement beaucoup plus "naturel" comme évolution que dans nos religions...

Abordée par quelques navires Allemands égarés puis plus tard par Cook, l'Australie voit débarquer les Anglais en 1788 près de l'actuel Sydney pour une implantation durable sous forme de colonies de bagnards. Rapidement les Anglais ayant pour référence comme notion de droit à la propriété celle de l'appropriation par le travail (agricole ou foncier) ils estiment que les chasseurs cueilleurs ne répondent pas à ce critère et déclarent l'Australie "Terra nulius" (n'appartenant à personne) et se l'approprie tout simplement...

Commence alors la catastrophique colonisation de ce "continent jardin d'Eden". Les colons importent leur bétail (vaches, moutons, et même des dromadaires pour explorer les étendues désertiques...), ces animaux vont rapidement consommer les plantes nourissières de la faune locale, assecher et polluer les rares points d'eau de leurs déjections, devenant impropres à la consommation par les indigènes. Les terres sont prises par les colons, de nouvelles espèces végétales sont plantées, les natifs sont massacrés, voire empoisonnés avec des couvertures empreintes de la variole, et convertis de force par les missionnaires. Cela s'accélère lorsque de l'or est découvert et qu'une nouvelle vague de colons du monde entier débarque. L'arsenic est utilisé jusqu'au début des années 1900 pour l'empoisonnement des populations : bon de commande retrouvé récemment.
La population insulaire de la Tasmanie est vite définitivement anéantie, à lire l'histoire tragique de Truganini, la dernière d'entre-eux, dont le corps sera même déterré pour dissection et son squelette exposé dans un musée jusqu'après la guerre.

L'environnement est modifié à tout jamais, les kangourous et émeus faisant concurence aux moutons sont massacrés, les prairies sont vite recouvertes de déjections de bovins car les insectes coprophages associés aux bovidés dans leurs pays d'origine n'y existent pas, du coup les terres fertiles en sont brulées et les mouches pullulent, il faut parfois aujourd'hui porter un filet à mouches sur le visage dans le centre du pays. Quelques lapins importés s'échapperont et faute de prédateurs vont pulluler jusqu'à des millions d'individus qu'il faudra érradiquer en introduisant le virus de la mixomatose. Aujourd'hui c'est le crapaud buffle qui connait la même expension catastrophique...

Les populations restantes vont être parquées dans des réserves, coupées de leurs terre, de leur sites de cérémonies et des échanges avec les autres nations indigènes, leur culture va décliner et nombre de leurs secrets ancestraux seront à jamais perdus. Des dizaines de milliers d'entre-eux seront utilisés comme main d'oeuvre exploitée dans les fermes, les enfants métisses, issus pour la pluspart de viols, seront enlevés à leurs parents pour être sommairement éduqués, placés chez des blancs et les filles mariées à des blancs pour ainsi "assimiler" leur race, ce jusque dans les années 1970 : "la génération volée".
Voir l'histoire expliquée sous forme de témoignage vidéo

Aujourd'hui les Aborigènes d'Australie ne représentent plus que 5% de la population. C'est un sujet d'embaras dans les discussions avec les Australiens blancs qui finalement ne savent pas grand chose d'eux (ça n'est pas abordé à l'école déjà) et qui pour la plupart n'en croiseront d'ailleurs pratiquement aucun dans leur vie. Grâce aux médias toutefois beaucoup découvrent maintenant la réalité, peu brillante, et surtout se rendent compte de ce qui s'est réellement passé il y a quelques générations. Certains reportages très durs ont été diffusés, notament Utopia de John Pilger début 2014 qui à tellement dérangé qu'il crée une réelle controverse et ne peut être diffusé là bas librement. Infos et réactions intéressantes sur ce sujet.

Dans les grandes villes on en voit peu, le plus souvent ils y tiennent la place de clochards, l'alcool et l'essence à respirer font des ravages. La dernière génération de métisses elle même issue de la génération volée arrive mieux à s'intégrer pour peu qu'ils aient eu accès à une bonne éducation, mais un certain racisme existe tout de même.

Dans tout le reste du pays les Aborigènes ont été déplacés dans des "communautés" où ils sont bien souvent délaissés, ils sont dépendants d'aides sociales qui leur permettent d'acheter de la nourriture basique type sodas, sandwich et conserves, les fruits et légumes étant difficiles et couteux à acheminer dans les endroits reculés du pays.
Incapables de se nourrir par eux même tant l'environnement est dégradé et le droit de posséder ne serait-ce qu'une lance pour chasser leur ayant été de toute façon depuis longtemps retiré, les pb. d'hygiène et de surpoids consécutifs à ces conditions sont dramatiques : diabète, insuffisance rénale et même des infections bénignes des yeux ou des oreilles véhiculées par les mouches ont des conséquences graves faute de soins, 1 aborigène sur 3 décède avant 45 ans.
Certains gouvernements de régions attendent volontairement que la situation dans certaines communautés se dégrade pour justifier leur démentèlement, "Kennedy Hill" Reportage photos d'Ingetje Tadros à Broome. Certaines fausses rumeurs sur des histoires de pédophilie ont même été difusée par les autorités à cette fin.

Pour sensibiliser les jeunes, les nouvelles technologies sont parfois utilisées comme des petits clips vidéos sympas mettant en scène de jeunes individus semblant sains et fiers, montrant leur force ou leur agilité auxquels l'identification peut se faire facilement, et qui pourtant révèlent de sérieux pb. de santé, avec pour message de se faire suivre régulièrement ou de pratiquer du sport et d'avoir une nouriture saine.

L'annexion des terres continue pour exploiter les ressources naturelles du sous sol et les conflits sont constants avec les grandes compagnies minières. Au niveau gouvernemental les propositions racistes se succèdent malgré les dirigeants succesifs, un magnat des mines, le milliardaire Andrew Forrest, est même parvenu à la tête du Comité national aborigène pour l’emploi ! imaginez le conflit d'intérêts... + d'infos.
Dans le Territoire du nord ou l'eau va devenir un réel problème avec le réchaufement climatique et la pression agricole il est envisagé un rationnement de l'accès à l'eau des rivières auquel même les Aborigènes devront se plier à titre personnel.

L'espoir réside dans le partage de leur culture et le respect, beaucoup n'ont même pas idée de leur glorieux passé et de la richesse de leur propre culture tant les anciens, sages érudits, sont devenus rares. L'accès à l'éducation des enfants est une priorité afin qu'ils connaissent un minimum d'Anglais pour comprendre ce monde tout en conservant leur propre langue bien vivante, de nombreux dialèctes disparaissant petit à petit. La musique et l'art sont deux vecteurs très importants pour le rayonnement international de cette culture. Parallèlement la lutte pour leur reconnaissance et le respect du droit à leurs terres d'un point de vue politique doit se poursuivre mais par dessus tout il faut oeuvrer à la sauvegarde de l'environnement dans ce pays extraordinaire en train d'être pillé par les compagnies minières, comme dans les Kimberley où ils commencent la fracturation hydrolique sur les terres des Aborigènes sans même avoir d'autorisations.

Intéressez vous à cette culture, faites la connaître, partagez les vidéos proposées sur ce site, si vous avez l'occasion de visiter le musée du quai Branly à Paris ou de voir des expos d'art Aborigène faites le, et surtout si un jour vous allez là bas, soyez sensible à cette culture et vous verrez que la spiritualité qui émane de tout ce qui s'y rapporte est vraiment concrète et vous touchera bien plus que tout autre chose.

2016 : La situation varie d'un état à un autre, en Australie Occidentale depuis l'élection de Colin Barnett c'est la catastrophe, tout s'accélère, le démentèlement des communautés est clairement l'objectif affiché Lire l'article d'août 2016 de Martin Préaud sur le sujet.
Parralèlement les incarcérations se multiplient de manière alarmante, dans cet état un jeune Aborigène à 53 fois plus de chance d'être emprisonné qu'un blanc contre 26 fois dans le reste du pays, 1 homme Aborigène adulte sur 13 y est en prison, le taux de suicide y est de 80/100 000 contre 12/100 000 dans le reste du pays.
L'Australie se place en 2e position au monde pour la santé publique selon les critères des programmes de développement des nations Unies, mais si on applique les chiffres à la population Aborigène elle tombe à la 132e place. On peut vraiment évoquer un génocide passif dans un pays qui se place au 12e rang économique mondial... Agir via Facebook.